CETTE QUINZAINE

⚖️Le dilemme : Le mirage. Ils – car il s’agit le plus souvent d’hommes – sont ces silhouettes furtives et pas toujours très assurées à vélo, ces scooters qui se faufilent à toute vitesse, ces visages que l’on ne regarde même plus, ces prénoms presque interchangeables. Ce sont les hommes de l’ombre, ceux qui, pour une bouchée de pain, livrent jour et nuit à manger à nos portes. Bien qu’ils fassent « partie de notre paysage », notre société les considère bien peu. C’est ce que révèle un rapport commun à Médecins du monde, d’autre acteurs associatifs et une équipe de recherche interdisciplinaire. Une santé mentale fragilisée notamment par la précarité du statut, des troubles musculaires et squelettiques, des troubles urinaires (car on leur refuse bien souvent l’accès aux toilettes), une fatigue chronique (env. 63h par semaine) etc. : voilà les symptômes de la situation médico-sociale alarmante de ces milliers de travailleurs pauvres qui – pour un tiers environ – ne bénéficient d’aucune couverture santé. Unique alternative au chômage et à la grande précarité, l’uberisation est également dépeinte dans le travail de la jeune artiste franco-algérienne Tassiana Aït, qui retrace ses 5 années en tant que livreuse U*** Ea** à travers photos, illustrations et tickets de commande. Bienvenue dans le merveilleux monde des travailleurs pauvres.
🚦Ce qu’il ne fallait pas rater :
- L’Observatoire de la désinformation en France a testé « pour de vrai » son système de détection des infox et rumeurs circulant en amont des élections municipales. Une veille et des alertes à différentes rédactions (Ouest France, France 24, etc.) ont permis d’identifier plusieurs sites factices qui se faisaient passer pour des médias et relayaient toutes sortes d’annonces bidon touchant à la géopolitique, à l’économie française, ou encore au sport de haut niveau. Des annonces qui – quelques jours avant les élections – se sont resserrées autour des questions internationales, de sécurité intérieure et d’intégrité des candidats.
- Utilité. Le dernier rapport du Reuters Institute est sorti, et fait le point sur la consommation des médias par les jeunes audiences. Sans réelle surprise, 73 % des 18-24 ans consomment des vidéos d’info courte chaque semaine. Et 15 % passent déjà par une IA pour accéder à l’actualité. Mais surtout, ils envisagent autrement l’« utilité » de l’info. Ils ne cherchent plus à aiguiser leur sens critique, mais plutôt à ce qu’on leur rende un service. Résultat ? Si l’objectif n’est pas rempli, ils zappent et vont ailleurs trouver leur réponse. Ainsi, la nouvelle responsabilité des médias ne consiste plus tant à s’interroger sur les nouveaux formats qui permettront de capter cette génération, mais plutôt à se questionner sur « est-ce que, ce que l’on raconte, fait sens pour cette jeunesse ? ».
- Rerconduite. Une enquête pour complicité de crime contre l’humanité est ouverte à l’encontre de l’ancien directeur de l’agence Frontex, Fabrice Leggeri – désormais député européen RN – pour les crimes et violations commis aux frontières européennes durant sa mandature.
- Précaution. Dans un rapport attendu, l’Agence européenne des produits chimiques conclut que les polluants éternels sont « nocifs » et présentent « des risques croissants » pour la population et l’environnement. Dès lors, elle préconise une « restriction large » de ces substances chimiques par l’UE, sauf « exceptions ciblées ».
🔎 Le chiffre : 417 milliards d’euros, c’est ce que nous a mondialement coûté la désinformation en 2024, année de plusieurs tournants (4 milliards de personnes appelées à voter, large déploiement de l’IA générative). Les impacts sont à la fois financiers (manipulation des cours de bourses, etc.), sociaux (boycott de certaines vaccinations, etc.) et politiques (propagande, etc.).
CE QUE JE VOUDRAIS VOIR PLUS SOUVENT
Le New York Times va augmenter sa couverture des sujets sciences et santé, et renforcer ses équipes dédiées à ces sujets. Sa décision tient au fait de basculer vers un journalisme utile (tiens tiens, on en parlait juste un peu plus haut), au service des lecteurs.rices. Il n’est plus seulement question de leur expliquer le monde et de les tenir informés, mais aussi de leur être utile au quotidien. « News you can use » qu’ils disaient…
ENTRE VOUS ET MOI
Elle fait désormais partie de notre langage courant. Comme si son intensité n’avait plus de limites, et plus tellement d’importance. La « crise » (il faudrait même dire LES crises) s’est banalisée dans une société en perpétuelle mutation et recomposition. Pourtant, ce qu’elle dit de nos points de rupture et de l’importance que l’on met sur les conséquences mérite d’être décortiqué.
Dans le dernier numéro de Juris associations sorti le 1er avril, plusieurs auteurs.rices reviennent sur les crises internes qui bousculent la vie associative. Repérer les signaux faibles, agir lorsque les faits sont déjà là, ne pas s’abriter derrière le droit, imaginer des coopérations… merci à tous d’avoir partagé avec sincérité vos expertises.
AVANT DE PARTIR
Durant les prochains jours, je me suis promis d’écouter la série documentaire audio : “Le monde paysan, mon père et moi.” Un dialogue entre un père paysan et son fils à travers les routes de France pour raconter autrement les campagnes : celles d’une génération qui a voulu transformer le monde sans quitter son village, et d’une autre qui cherche à renouer avec des luttes qu’on croyait disparues.


