CETTE QUINZAINE

⚖️Le dilemme :
Brut, sale, archaïque. Le charbon fait son retour en grâce, à la faveur des tensions dans le détroit d’Ormuz.
En quelques semaines : balayées les belles résolutions environnementales qui avaient mis des décennies à se bâtir ! Laissons place aux vieilles habitudes de consommation énergétique, et à la peur du manque.
Pourtant, 2025 avait laissé entrevoir des signaux encourageants : des « progrès fulgurants » en faveur des énergies renouvelables étaient remarqués dans les pays les plus pauvres et vulnérables face au dérèglement climatique ; une production d’énergies renouvelables supérieure à celle du charbon, et ceci malgré une hausse importante de la consommation d’électricité dans le monde ; un effondrement des coûts des renouvelables et un déploiement des véhicules électriques.
Deux dynamiques, donc. L’une, vacillante et régressive, dictée par l’urgence et la peur. L’autre, structurelle et silencieuse, portée par l’économie réelle. Avec le risque supplémentaire que ces sources d’énergie se superposent plutôt qu’elles ne se substituent.
🚦Ce qu’il ne fallait pas rater :
– Evaporés. Après le volet I « Il manque 17,1 milliards d’euros dans les caisses » en 2025, Bercy vient de sortir le deuxième volet « Encore à la recherche des 6 milliards perdus ». Mais ouf ! Soyons rassurés. Les crédits d’impôts pour les frais de garde d’enfant ou l’installation de panneaux solaires seront scrutés de près.
– Grand-messe, petits effets. Le sommet mondial « One health » s’est tenu à Lyon pour évoquer les interconnections entre santés humaine, animale et des écosystèmes. Une fois encore, la France s’est illustrée par ses effets d’annonce bien loin de la réalité de ses décisions politiques (Duplomb 1, glyphosate, PFAS, cadmium, etc). En témoignent le moratoire sur la protection des points de captage d’eau potable contre les pesticides et l’annonce d’E. Macron selon laquelle « Quand on parle justement de qualité de l’air, de qualité de l’alimentation, de la qualité de nos eaux, nous avons des entreprises, des solutions d’innovation, qui permettent aussi de relever ces défis ». Une rhétorique Kafkaïenne.
– Signal faible. Le Sénégal a rejoint la liste des 31 pays africain qui sanctionnent ou ont renforcé la pénalisation de l’homosexualité. Idées plus conservatrices, stratégies de diversion, propos souverainistes ne sont pas étrangers à ce virage.
– Frousse. Une étude transdisciplinaire vient tout juste de mettre en lumière les liens « robustes » entre l’exposition aux pesticides à l’échelle d’un pays, et son incidence sur le nombre de cancers.
– À la découpe. Les menaces planent depuis des mois déjà, sur la pérennité de différentes agences de l’Etat : Ademe et Autorité environnementale sont désormais dans le collimateur de l’Etat. Tout cela sous couvert de « simplification », de « modernisation » et de « renforcement de l’efficacité de l’évaluation environnementale ». Des arguments qui laissent songeur quand tous les garde fous pour la préservation de l’environnement sont affaiblis les uns après les autres.
– Ecrire pour être lu. Le Financial Times a réduit de moitié son volume de production éditoriale en 10 ans, pas pour des raisons éco, ou dogmatiques, mais pour questionner réellement son positionnement par rapport aux besoins de son lectorat … et ainsi gagner en audience. Un retour aux fondamentaux.
📢La phrase : « L’économie sociale est un secteur décisif de l’économie espagnole ; un modèle qui place au centre les personnes, le travail décent, l’ancrage territorial et l’intérêt général », Yolanda Díaz, deuxième Vice-présidente du gouvernement espagnol en charge du Travail et de l’Éco. sociale, qui vient de faire adopter une nouvelle loi sur le sujet. Tandis qu’en France on rame à se doter d’une stratégie nationale en faveur de l’ESS.
🔎 Le chiffre : 3 Français.es sur 4 considèrent que les médias de service public sont importants, voire indispensables, pour le bon fonctionnement de la démocratie, et 89% jugent le journalisme utile. Vive l’éducation aux médias et à l’information !
📸 L’image : Celle du maire de Cannes, qui a passé le Code de la commande publique au broyeur à papier. Triste message que de donner l’impression que ce code ne sert à rien et n’est que complexité et contraintes, alors qu’il joue un rôle essentiel contre la corruption dans les marchés publics qui représentaient 8 % du PIB en 2024 (soit 233 milliards d’euros). Une énième démonstration du soutien de nos politiques à la dérégulation du marché … et aux arguments des lobbies sectoriels.
❗️ La découverte : Savez-vous ce qu’est l’effet « terrier de lapin » ? Ou encore un VLOP ? Je ne vous en dis pas plus, courez découvrir le lexique de l’influence et de la guerre de l’information. Les 5 premières parties s’étaient intéressées aux grandes définitions, aux types d’information et de manipulations, aux pratiques et techniques, aux biais cognitifs et aux réflexes et bonnes pratiques. Désormais, la lumière est mise sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux.
CE QUE JE VOUDRAIS VOIR PLUS SOUVENT
Des fictions qui font le lien entre la disparition d’espèces végétales et notre plus grande vulnérabilité aux allergies, des séries qui mettent en scène des personnages souffrant des canicules … c’est précisément ce que vise le collectif de scénaristes professionnels Nouvelle séquence, en mettant à disposition de celles et ceux qui réalisent nos fictions des outils pour mieux représenter les enjeux environnementaux dans nos écrans.
AVANT DE PARTIR
Sous ses mains et dans la terre, sur le marbre ou le bronze, prenaient vie des dizaines d’animaux sauvages : ours, manchots, gorilles, grenouilles .. Le sculpteur Michel Bassompierre s’est éteint, laissant derrière lui l’empreinte délicate d’espèces fragiles. Quelques-uns de ses modelages m’ont modestement inspirée. Merci pour cet héritage.



