CETTE QUINZAINE
⚖️Le dilemme : On peut tromper 1 fois 1000 personnes mais on ne peut pas tromper 1000 fois 1 personne. Certains s’y essaient quotidiennement, mais la vérification des faits permet – encore, et fort heureusement – de lever le voile sur les multiples dérives et atteintes à l’intégrité de l’info.
Deux exemples récents. Le premier concerne une vaste campagne de désinfo en ligne sur les pompes à chaleur orchestrée – en bout de ligne – par la filière gazière. Exagérations, dénigrements, utilisations de visuels créés à partir d’IA qui empruntent les codes de la caricature antisémite pour faire passer les installateurs de PAC pour des escrocs, promotion du « gaz vert », etc. Si cela peut prêter à sourire, le risque est bien de tromper le grand public, et in fine de participer au maintien de notre dépendance aux énergies fossiles.
Le deuxième exemple est celui de la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, qui s’est avérée être complètement vérolée : auditions à charge, allégations extravagantes, références erronées, relativisations, etc. Tout cela pour décrédibiliser le service public de l’info et faire la part belle aux médias privés, parfois moins regardants sur le pluralisme et la véracité des sources.
Lutter, toujours.
🚦Ce qu’il ne fallait pas rater :
– Pas touche. FNE a lancé un recours contre l’Etat, pour exiger qu’il protège mieux les 37 000 captages d’eau français, qui nous servent à prélever une eau brute pour notre consommation (après traitements). Sujets à une importante pollution aux pesticides et aux nitrates, les captages sont dans le viseur depuis bientôt 20 ans. Mais aucune politique publique efficace n’a pour l’instant proposé de mesures de protection efficaces.
– Sauve qui peut. La Cour des comptes alerte sur la situation du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles pour couvrir les risques qui ne peuvent être assurés par les seuls assureurs privés, car l’augmentation attendue du coût des catastrophes, estimée entre 47% et 85% d’ici 2050, fragilise sa soutenabilité financière.
– Un point final. C’est ce que l’on souhaite à la pauvreté. Je pensais naïvement qu’on déployait déjà tout l’arsenal législatif, diplomatique, médiatique pour en venir à bout. Mais ce n’est que (ou déjà – selon si on veut voir le verre à moitié vide ou plein) maintenant que la Commission européenne vient de lancer la toute 1re stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, pour éviter que nos démocraties et notre cohésion sociale ne se fissurent davantage.
– Dans les clous. C’est la demande formulée par la préfecture du Rhône à l’association Action Justice Climat, lui reprochant sa « position problématique sur la désobéissance civile », s’appuyant sur le Contrat d’engagement républicain. Un coup de canif dans les libertés associatives ?
– À nos portes. L’IA est déjà entrain de remplacer certains de nos emplois. Et notamment celui de journaliste. Oui elle permet de synthétiser des rapports, de croiser des sources, de raccourcir un titre. Mais il est attendu qu’elle remplace 19 postes de secrétaires de rédaction au sein du groupe @Infopro Digital. Pourtant, un.e secrétaire de rédaction, c’est un.e journaliste qui questionne, qui vérifie, qui met en perspective, qui arbitre, et même qui donne envie. Là, la qualité éditoriale devient optionnelle, et la tromperie du lectorat généralisée. Le grand remplacement, c’est celui-ci. Et il est urgent de s’en préoccuper dès maintenant. Pas par corporatisme, mais par souci de nuance et de contradiction.
🔎 Le chiffre: Pour 1euro dépensé par les ONG en représentation d’intérêts, les lobbies lucratifs en dépensent en moyenne entre 10/15 euros, parfois jusqu’à 50 euros selon les années et les secteurs retenus. Des sommes que sont loin de pouvoir mobiliser les asso. Alors il faut bien se dire que lorsqu’une majorité d’eurodéputés a voté il y a qq jours un rapport appelant la Commission européenne à « cesser de financer » certaines ONG accusées de mener un lobbying ciblé et de véhiculer une image « trompeuse, militante et idéologique », c’est faire la part belle à des rapports asymétriques et à une distorsion de la réalité néfaste pour nos démocraties.
📖 La lecture : c’est en lisant les mots de Laurène Petit, et son attachement presque viscéral à ce petit coin de l’Oisans balayé par les crues en juin 2024, que j’ai décidé de mettre son prochain livre « Dernier refuge » sur le haut de ma pile. Parce qu’il a été réalisé entre sœurs, parce qu’il parle de souvenirs de famille, de trésors de montagne, parce qu’il ne tait pas les incidences du dérèglement climatique dans les Alpes ni la disparition de son chalet, et parce qu’il m’évoque – à moi aussi – bien des images passées et actuelles.
CE QUE JE VOUDRAIS VOIR PLUS SOUVENT
Il n’y aura jamais trop d’éducation aux médias. Pour faire face à la vague submersive des réseaux sociaux, des fake news, de l’IA, etc. Avec Reflex, Reporters sans frontières met à dispo une plateforme compilant de nombreuses ressources : abécédaire pour se familiariser avec les notions essentielles ; archives des cartes de la liberté de la presse ; kits pédagogiques autour des documentaires de l’association ; formats courts pour éclairer l’actualité comme les enjeux de fond ; webinaires pour approfondir ; hotline pour échanger et construire ensemble. Tous les publics (enseignants, associations, institutions publiques, grand public, etc.) ont désormais des clés supplémentaires pour aiguiser l’esprit critique.
AVANT DE PARTIR
C’est une page de l’Histoire dont je n’avais jamais entendu parler. Et que j’ai découverte avec honte (et gratitude). Pourtant, elle s’est déroulée à quelques km de chez moi. « Chasselay et autres massacres » d’@Eva Doumbia revient sur le massacre de 188 tirailleurs africains par les nazis en juin 1940. Des textes poignants, des documents d’archives, une mise en scène soignée. Une pièce qui donne vie et humanité à ces hommes.


