CETTE QUINZAINE
⚖️Le dilemme : Drôle de timing. Presqu’en même temps que les médias indépendants Disclose et Rembobine ont codiffusé un « Guide du journalisme d’impact », disparaissait Jean-Claude Guillebaud, ancien correspondant de guerre, directeur littéraire et producteur TV, attaché à faire connaître l’utilité sociale du journalisme.
Un numéro d’Arrêt sur images se demande lui-aussi si les journalistes doivent chercher à avoir de l’impact : est-ce une finalité que doivent poursuivre les journalistes, ou cela va à l’encontre de leur (prétendue) objectivité ? Comment mesurer les effets des productions journalistiques ? Valoriser les contenus auprès des publics et des financeurs ? etc.
À travers ses productions, Jean-Claude Guillebaud a développé une vision fortement inspirée de l’esprit du journalisme d’impact, un journalisme qui cherche non seulement à informer, mais aussi à contribuer au bien commun, en appliquant 5 principes : le journalisme porte une responsabilité éthique ; il se doit de dépasser le catastrophisme et permettre aux citoyens de comprendre et d’agir ; il doit restaurer la confiance avec ses publics (à travers de la rigueur, de la transparence, des liens) ; il doit promouvoir l’idée de progrès ; et enfin informer pour rendre le monde intelligible, pas seulement visible.
Quand on voit le nombre de médias indépendants qui se lancent chaque année, avec des partis-pris éditoriaux forts, on peut se dire qu’une partie des journalistes tente par tous les moyens de ne pas se laisser enferrer dans le cynisme, la paralysie et le déclin ambiant.
🚦Ce qu’il ne fallait pas rater :
– Il était temps. La loi du 6 nov. 2025 est venue apporter une nouvelle définition pénale du viol et des agressions sexuelles, ainsi que des précisions sur les contours du consentement. (Il) « est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime (…). Il n’y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature.
– Le greenwashing, ça trompe énormément. Le groupe pétrolier TotalEnergies vient d’être condamné pour avoir entretenu l’image d’un groupe soucieux de l’enviro et du climat à travers des opérations de comm’ très éloignées de ses pratiques réelles. Si plusieurs agissements lui étaient reprochés c’est finalement sur le fondement d’allégations trompeuses quant à ses ambitions de neutralité carbone que la société s’est fait épingler. À cela s’est ajouté, il y a quelques jours, une accusation à son encontre de « complicité de crime de guerre, de torture et de disparitions forcées » pour avoir fermé les yeux sur les agissements de militaires au nord du Mozambique afin de préserver ses intérêts gaziers dans le pays.
– Fausse route. Un comité d’experts de l’ONU a dénoncé les violations « graves et systématiques » de la France face aux droits des enfants migrants non accompagnés sur son territoire. Et ce n’est pas la première fois.
📢La phrase : « L’idée, dans ce numéro, c’est de parler de santé mentale en ne regardant pas seulement ce que nous avons à l’intérieur, mais également ce que l’extérieur peut nous apporter. Un autre monde s’ouvre à portée de pas, les émotions se forment et se transforment quand on marche en montagne », Maxime Froissant, rédacteur en chef, à propos du dernier numéro de @Les Others.
🔎Le chiffre : Un maire sur deux affirme vouloir traiter la prévention des risques climatiques dans son programme pour les prochaines élections municipales de 2026. Une réponse au vécu de 73% des Français.es interrogé.e.s qui déclarent avoir subi au moins plusieurs fois les conséquences d’un aléa climatique.
CE QUE JE VOUDRAIS VOIR PLUS SOUVENT
En plein déroulement de la COP30 qui se tient à Belem (Brésil), deux journées ont été exceptionnellement dédiées à l’intégrité de l’information. L’industrie fossile, l’économie de « l’attention », les ingérences étrangères, certains partis politiques étaient donc dans le viseur. Dix pays, dont la France, se sont engagés à lutter contre la désinformation climatique avec le lancement d’une Déclaration historique sur l’intégrité de l’info.
AVANT DE PARTIR
Au détour de la Fondation Cartier, je suis tombée sur un petit panneau qui interpellait le.a visiteur.euse : « Sais-tu que l’art peut sensibiliser à des causes importantes ? ». Entre les photographies de Claudia Andujar qui ont fait connaître les conditions de vie fragiles (déforestation, orpaillage, etc) du peuple Yanomamis en pleine forêt amazonienne, ou encore le travail du sculpteur Ron Mueck proposant une réflexion sur la condition humaine et les fardeaux invisibles du quotidien, ces artistes invitent à voir au-delà de l’ordinaire.


