CETTE QUINZAINE
⚖️Le dilemme : Progressisme dit-on ? J’ai lu avec stupéfaction le post d’un de mes contacts LinkedIn. Une femme en l’occurrence. Elle détaillait ce que l’IA lui avait répondu lorsqu’elle lui avait demandé si ses qualifications correspondaient aux exigences d’un poste. Dégainant l’appel d’offres, son CV, elle a en réalité récolté une somme de préjugés sexistes à peine déguisés : « pouvez-vous « gérer le poids émotionnel » du travail humanitaire ? » (domaine dans lequel elle travaille depuis près de 20 ans) ; « Est-ce le bon moment avec de jeunes enfants ? » (alors que la question n’était pas posée). Furieuse, elle s’est donc demandé si les mêmes réponses auraient été apportées à un homme. Non, lui a répondu la machine : « Un homme qui m’aurait demandé « comment mes qualifications correspondent-elles ? » je lui aurai répondu : « Voici comment encadrer votre expérience avec force. » Si vous vous posiez cette question, j’ai supposé que vous aviez besoin d’être rassurée plutôt que d’obtenir des conseils stratégiques ». Moralité : si l’IA a fait des progrès sur certains biais (notamment sur les aspects liés à la décolonisation), quelques-uns sont plus tenaces que d’autres.
🚦Ce qu’il ne fallait pas rater :
– Pé-da-go-gie. Le Haut conseil pour le climat a usé d’illustrations pour rendre son dernier rapport accessible à toutes et tous et comprendre où en est la France face au dérèglement climatique, quelles sont les conséquences visibles, et quelles actions sont encore possibles. Seul le titre du rapport aurait lui-aussi mérité un petit effort de simplification (« « Relancer l’action climatique face à l’aggravation des impacts et à l’affaiblissement du pilotage »).
– Waouh. Un fil d’actualité entièrement indépendant (pas de pub, pas de financements nébuleux, pas d’algorithme) qui agrège des contenus d’actu locale/nationale/internationale, de l’investigation, des longs formats, sur tous les sujets du moment, vient de voir le jour, sous le nom de « @Portail des médias indépendants ». Ces mêmes médias sans qui les financements libyens, les violences policières à Sainte Soline, les pollutions locales, etc n’auraient pas été révélés.
– Dérégulation dérégulée. Les eurodéputés viennent de rejeter une loi qui prétextait une simplification pour démanteler le devoir de vigilance obligeant les multinationales à être responsables de l’impact social et environnemental de leur activité sur l’ensemble de leur chaîne de production. L’avenir du devoir de vigilance est désormais suspendu au vote en plénière.
– Contre sens. Deux rapports du Programme des Nations Unies pour l’environnement constatent que les forêts tropicales les + menacées de disparition (qui représentent la surface de l’Union européenne) sont également les plus vitales pour l’Humanité : régulation de l’eau et des polluants, sécurité alimentaire, énergie et moyens de subsistance, etc. C’est pourquoi le PNUE préconise des investissements annuels dans les forêts qui devront tripler d’ici 2030, être multipliés par six d’ici 2050 et s’orienter vers la protection des forêts à haut risque.
🔎Le chiffre : Le revenu des ménages français les + riches est 18 fois supérieur à celui des ménages français les + pauvres. Mais avant redistribution, càd avant le passage par la caisse des impôts et des services publics. Une fois la redistribution faite, l’écart entre les + hauts et les + bas déciles n’est « plus que » trois fois supérieur (les contributions pour la MJC, la CAF, la cantine scolaire, etc ne sont pas les mêmes selon ses revenus). Un chiffre resté stable ces deux dernières décennies. En réalité, ce n’est pas au niveau des revenus que ça se joue. Mais bel et bien au niveau du patrimoine (mobilier, immobilier, financier). Abstraction faite de l’inflation, en 20 ans, le patrimoine des 10 % les plus pauvres a baissé de 54 %, tandis que celui des 10 % les plus riches a augmenté de 94 %.
CE QUE JE VOUDRAIS VOIR PLUS SOUVENT
À l’approche de la COP qui va se tenir à Belem, plein d’initiatives inspirantes, créatives. J’ai repéré en vrac le travail de La Croix autour des enjeux de sobriété (pourquoi on n’y arrive pas ?), le podcast de l’Iddri qui dresse un bilan de l’Accord de Paris à travers 8 épisodes, la caravane fluviale Iaraçu qui va remonter l’Amazone de Manaus à Belem pour rencontrer les populations qui vivent au bord du fleuve et ressentent les effets du dérèglement climatique dans leur quotidien (RFI), Contexte qui recense les neuf ruptures clés intervenues depuis l’Accord de Paris, etc.
ENTRE VOUS ET MOI
Des crises ne naissent pas toujours les plus belles réinventions. Confrontées à des assauts multiples (nouvelle coupe de 700 millions d’euros dans le budget de l’aide publique au développement privant 17 millions d’enfants d’accompagnement scolaire, 71 millions d’enfants de vaccins, 45 millions de familles d’hébergement d’urgence, etc. ; réduction de l’espace civique, remise en question des postures humanitaires, etc), les organisations de solidarité internationale sont dans l’œil du cyclone. Le rapport de Coordination Sud « Poursuivre, s’adapter, ou se réinventer face à des vents contraires. Quelles capacités d’agir pour les OSI dans un contexte politique et géopolitique qui met en cause leur légitimité ? » s’y intéresse. Et il sera l’une des briques d’une réflexion plus large que je mènerai bientôt avec Chakib Hafiani dans les pages de Juris associations.
AVANT DE PARTIR
Je n’ai pas encore eu le temps de la parcourir, mais la thèse de Céline Marty sur l’impact de la crise écologique sur les métiers et les conditions de travail me semble plus qu’intéressante. Pour repenser le travail, notamment à l’aune des inégalités sociales et environnementales.



